dimanche 23 octobre 2016

L'art d'être la favorite de Marie-Antoinette

A l'aube de la révolution Française le vent de la calomnie soufflait en haineuse tempête sur les plus ravissants visages peuplant Versailles.
Une femme en particulier captait les pires horreurs , les monstrueuses inventions, les exorbitantes accusations.Une femme si gracieuse de figure que Madame Vigée-Lebrun en fit son modèle de prédilection.Une femme si charmante et si fragile que chacun, grand ou petit, puissant ou misérable , s'acharna contre sa frêle personne .
La crise économique sévissant depuis la fin du règne de Louis XV, la guerre avec l'Angleterre, les impôts ahurissants (triste fatalité de notre pays ),les sottises de la reine avant ses maternités, les créations exquises et dispendieuses (qui attirent et ravissent les foules depuis deux siècles ) du Hameau et des jardins de Trianon, l'immobilisme du roi, les solutions ineptes des ministres, tout ce ramassis confus et tragique venait d'une unique source affirmait-on sans vergogne : la mauvaise fée  Yolande de Polignac !
L'histoire se plait,hélas à choisir des victimes expiatoires .La douce toulousaine Yolande de Polastron entre dans cette sinistre fatalité .
En 2016, Marie-Antoinette est adorée , pardonnée, aimée des descendants de ceux qui la vouèrent au supplice le plus odieux.Yolande est toujours honnie, méprisée, rejetée comme un triste fléau !
 Le mérite-t-elle ? Certainement non !
Par une bizarrerie du destin, j'habite, si les belles  légendes disent vrai, dans sa maison de toute petite enfance , une gentilhommière qui n'a franchement pas grand chose à voir avec les magnificences de la cour en 1781. Yolande a  vécu ses trois ou quatre premières années  au coeur du Lauragais, à Saint-Michel-de-Lanes, hameau ignoré dont son père portait le titre de baron, en pleine campagne, entourée d'animaux familiers, veillée par sa nourrice que l'on imagine jacassant en rocailleux occitan, de corpulence "traditionnelle" et maternelle avec cette jolie enfant menacée de perdre sa mère malade.
Yolande apprit ainsi à vivre entre des collines encore sauvages et des vallons cultivés, babillant et trottinant au milieu d'une famille ruinée mais aimable.
Sans grand espoir, sans grand dessein non plus: une famille de hoberaux sacrifiant à" l'impôt du sang" puisque la tradition de l'honneur l'exigeait, et se contentant de vivre dans un noble dénuement.
De ce monde clos, elle gardera une envie de solitude que nul ne comprendra plus tard entre les bals à Versailles, les parties de plaisir à Trianon ou les glorieuses réceptions protocolaires. Elle étonnera par sa manie de simplicité, son ennui des événements mondains, sa sincérité et ses bouderies de gamine sortie de ses champs .
Une comtesse aux pieds nus !
Orpheline de mère, la petite fille est presque abandonnée par son père soucieux d'oublier son chagrin à Toulouse en bonne et tendre compagnie avant de se soumettre au devoir de convoler une nouvelle fois , descendance mâle oblige !Marie-Henriette d'Andlau,soeur de ce veuf impétueux,est une jeune mère de famille parisienne à l'âme si généreuse qu'elle n'hésite pas à offrir un foyer à sa nièce; et aussi à un neveu venu d'horizons délicieusement lointains : un beau garçon sûr de lui , de neuf ans plus âgé que l'adorable Yolande ,répondant au prénom suranné de Hyacinthe et s'enorgueillissant d'être le fils d'une créole de Saint-Domingue encore plus riche que belle et du Commandant en chef des Iles sous le Vent .
 On ne peut rêver cousin plus romantique ! L'étrange lien d'amour discret et de passion retenue qui nourrira de son feu couvert la future duchesse et le membre le plus insolent du Cercle intime de Marie-Antoinette s'enracine chaque jour davantage sous le regard attendri de l'excellente tante ...
L'adolescence de cette jeune personne au visage de poupée affectant de paresseuses manières suit son cours des plus convenus : un passage au couvent , lieu préservé où il serait d'assez mauvais ton de se fortifier ou fatiguer l'esprit .
 Puis des noces curieusement préparées par l'amoureux de la belle enfant , Vaudreuil  ! le cousin fort prévenant confie sa belle cousine aux bons soins d'un autre prétendant : l'insignifiant et peu fortuné jeune comte Jules de Polignac, descendant tout de même d'une très honorable famille de noblesse d'épée.
Yolande , toujours contente de ce qu'on lui donne,  toujours d'humeur égale ,accepte volontiers du haut de ses 16 frais printemps, de mener une existence champêtre aux alentours de Paris ,dans le château sans prétention de Claye-en-Brie .
La vogue Rousseau bat encore son plein . Les jeunes mariés s'appliquent à se comporter en aristocrates éclairés veillant au bien-être de leurs paysans . Utopie un peu risible ou volonté réelle ?
En tout cas , Jules et Yolande sont littéralement adorés de leurs"gens" ! un exploit à la veille de la Révolution ...Sans doute leur passion campagnarde s'accorde-telle au calendrier et aux soucis du monde paysan . A chaque jour suffit sa peine ou sa joie fraîche et évidente : moissons , fauchage, semailles, récolte des oeufs chaque matin , plantations d'arbres venus de l'Inde, ces marronniers aux amples ramures qui s'harmonisent si bien avec l'atmosphère naturelle, la beauté savamment négligée, des parcs et vastes jardins à la mode anglaise, enfin,naissance d'une exquise Aglaé, la plus belle petite fille de ce tendre univers ...
Que  Versailles ce fabuleux , ce mythique "pays-ci", paraît loin ! presque à l'autre bout du monde !
Yolande entend toutefois dans sa campagne bourdonner les potins de la cour, Apitoyée, agacée , indignée,  cette âme compatissante, plaint déjà la reine, plus jeune qu'elle  et victime de ce flot incessant de bêtises mensongères .
Que croire ? Que penser ? Tout n'est pas complètement faux : la reine s'étourdit dans de folles audaces , lance des modes qui entraînent la bonne marche des soieries de Lyon et la réputation de la manufacture de Sèvres crée sous l'égide de la favorite de Louis XV, cette marquise passionnée de beaux objets, madame de Pompadour . Hélas, malgré l'enthousiasme de cette royale écervelée , aucun dauphin ne vient calmer le peuple . On murmure , on ricane , on se lamente tout bas, la réputation du couple royal subit outrage sur outrage. Qu'importe à Yolande engluée, avec sa légendaire douceur, entre ses pots de confiture, son clavecin, les premiers pas de sa fille, la grêle frappant les blés  et les doléances de sa domesticité !
Sans oublier les billets autoritaires et les visites triomphantes du cousin Vaudreuil, transformé en protecteur des artistes nécessiteux, sa fortune aidant grandement ses largesses. L'amitié amoureuse ne vacille guère; toutefois,Yolande revêt les naïves apparences de la sagesse conjugale ...
C'est à ce moment-là que sa belle-soeur, l'infiniment disgraciée de figure Diane de Polignac entre en service à la cour comme "dame à accompagner"la comtesse d'Artois, épouse du plus jeune frère de Louis XVI.
Un honneur s'étendant sur la famille Polignac et, à la suite de cette faveur,  l'entrée à Versailles pour le couple provincial qui n'en demandait pas tant .
C'est que cela coûte fort cher de s'attifer afin de ne pas se couvrir de ridicule, fléau par excellence ! Yolande ne goûte guère ces soucis frivoles. Mais , elle s'efforce de faire plaisir à son époux : elle a l'esprit de famille , ce qui amènera sa perte. Surtout déteste l'affrontement, les crises, les perturbations célestes ou humaines .
Sa belle-soeur, femme resplendissante d'intelligence et ambitieuse au dernier degré,l ui ordonne de freiner ses élans de sauvagerie ,ses inconvenants caprices de promeneuse solitaire : quand on est si comblée par la nature, eh bien , se cacher est un crime !
Vaudreuil de renchérir : l'arrogant cousin éclate de fierté pour un motif dont la pertinence échappe à sa rêveuse cousine. Ce monsieur est exagérément content de lui-même et du monde entier pour la raison enfantine qu'un prince de sang, le comte d'Artois ,ce mauvais sujet, apprécie ses plaisanteries , ses mots cinglants, le piquant de ses anecdotes, et cette facilité confondante de tourner en ridicule les potiches sacrées de Versailles ...
Yolande reste perplexe ; son coeur est tendre, sa bonté  ni une feinte ni une pose. Le double ou triple jeu de ces nouveaux courtisans la déroute.
Ce qu'elle aime à Versailles, c'est s'amuser sur les pelouses ; rire, regarder, admirer et puis repartir  à l'abri de son château paisible.
La reine  ? C'est une déesse lointaine ! Yolande se suffit de son rôle mineur ; silhouette gracieuse, passante au teint éblouissant qui attire les regards et que l'on oublie .
Or , un bel après-midi de mai de l'an de grâce 1775, un conte de fées s'invente à Trianon.
Encerclée d'une bande de jeunes courtisans folâtres,Yolande pareille à une nymphe grecque virevolte entre les rosiers couverts de fleurs mousseuses, esquive les mains furtives de ces libertins joyeux, et se retrouve face à Marie-Antoinette !
La reine va-t-elle gronder, sermonner ? S'offusque-t-elle des facéties de cette adolescent de 26 ans bien sonnés (âge proche de la maturité à cette époque!) ?
Que non pas ! la voilà éclatant de rire , les mains tendues vers cette rayonnante écervelée : cette inconnue bondissante c'est son âme-soeur ! Marie-Antoinette reconnaît en une seconde son propre instinct de liberté chez , voyons , mais qui donc est-elle ?
"Majesté ,peut-être vous souvenez-vous de ma belle-soeur" susurre Diane de Polignac ,de derrière une statue,comme une fée Carabosse méditant une sinistre farce ...
Et la reine se souvient ! Bien sûr ,ce minois délicat à la peau transparente , cette démarche allègre ,ce nuage de cheveux châtains ,ces immenses yeux gris aux lueurs d'orage ,cela n'appartient qu'à Madame Jules de Polignac ; cette invisible comtesse retirée comme une sauvage des Amériques  en son domaine rustique, au vif regret de sa famille ...
Or Marie-Antoinette est d'humeur assez mélancolique : elle se lasse chaque jour davantage des simagrées sentimentales de la très tourmentée princesse de Lamballe , une sensitive affreusement mal-mariée au plus butor des époux , qui l'accable de démonstrations quasi amoureuses et excessivement agaçantes . Cette favorite, cousine de la famille royale , a scandalisé le milieu conservateur de la cour en recevant  la charge de surintendante de la maison de la reine .
Un cadeau somptueux,l'équivalent de vingt-cinq mille euros de traitement , assorti d'une énorme responsabilité ...Cette pleurnicharde invétérée ,toujours en train de se noyer dans un ruisseau à sec peut-elle endosser tant de tracas avec la fermeté nécessaire à ces" pouvoirs ,et fonctions , autorités , privilèges , prérogatives , prééminences qui y appartiennent "? Autrement dit un poste de chef d'entreprise moderne ...Mais il faudrait une femme énergique à la place de cette malheureuse s'évanouissant pour un mot de travers .
Les "grands" se sont révoltés !Tant pis ! la reine n'a aucun bon sens quand elle fond en amitié .
Or , c'est l'amitié qui s'évapore. Marie-Antoinette rêve d'une nouvelle amie adorant la vie et digne de foi .Et cette fois ,c'est  Yolande de Polignac qui fait une entrée fracassante dans son coeur.
Marie-Antoinette poursuit une chimère depuis son arrivée en France : une amie à laquelle, ainsi qu'à ses soeurs au temps béni de l'enfance, elle se confiera sans limites .
Pourquoi cette "brunette " boude-t-elle la cour alors qu' la cérémonie de sa présentation en grands atours et paniers démesurés date de plusieurs mois ?A cette interrogation étonnée d'une reine que n'exténue guère la tenue d'un sage ménage dans une bicoque délabrée, Yolande répond de façon téméraire ! incroyable mais vrai : cette aimable femme que l'on nomme "Votre Majesté" ne l'intimide pas le moins du monde .
Aussi, franche comme avec une amie de longue date, la" comtesse en sabots" explique gentiment que ses moyens fort limités lui interdisent le train dispendieux de la vie de cour . C'est énoncé d'une petite voix cristalline et cela pétrifie Marie-Antoinette . Pour la première fois de sa vie, la reine entend un être humain dire sans honte ( pour la noblesse d'extraction chevaleresque, la pauvreté n'est jamais chose honteuse ;  les parvenus seuls ont la mesquine sottise de juger un mortel sur l'inutile critère de sa fortune) :" je suis fauché et peut m'importe" !
 C'est une révélation !
 Yolande de Polignac est une espèce d'ange,pur et intègre, envoyé par le Ciel afin de sauver Marie-Antoinette de son désert amical.
La reine veut en savoir plus, elle exige la présence des Polignac le lendemain , et tous les jours de la semaine , dans ses retraites bleues et or, à Trianon , au sein des dédales de Versailles, au bord des bassins , sous les charmilles , partout !
Yolande est musicienne ! Miracle ! Elle ne lit absolument rien ! Bonheur !
La nature est son plaisir : le grand air devient un devoir d'état !
Elle se vêt d'un souffle de mousseline , la mode des robes-chemises est née ! Scandale assuré:
Rose Bertin ,couturière  de Sa Majesté ,délaissée sur son monceau de créations exorbitantes, furieuse s'arrache la perruque ! Yolande , simple comtesse n'a pas le droit de s'asseoir en présence de la reine ? Un seul remède : on la fait duchesse et elle obtient le fameux"tabouret" sur lequel ces grandes dames posent leur ducal postérieur !
 Son époux pleurniche en déplorant sa modeste fortune : une charge à la cour, le voici soudain promu à la haute dignité de premier écuyer de la reine , charge héréditaire arrachée au comte de Tessé qui en meurt presque de chagrin ...
L'obscur comte Jules de Polignac ,,touché de la baguette royale l'emporte en richesse sur les grands serviteurs de l'Etat ! Versailles discipliné se met à l'heure de Yolande qui ne comprend qu'une chose : on est en train de l'accaparer, de la jeter dans une prison d'or et de diamants où déjà elle suffoque .
Les Polignac au contraire jubilent. Cette innocente, cette languissante, cette ravissante idiote de Yolande rapporte au foyer un trésor de largesses.
La reine loge le couple à côté de ses appartements , procure une charge extrêmement rentable à ce niais de comte Jules de Polignac,couvre d'écus , de terres et de rentes le reste du clan assoiffé et insatiable . Yolande prend peur, comment éviter de se perdre corps et âme face au caprice d'une reine qui a décidé de la rendre esclave de son amitié éternelle ? Elle s'efforce à une élégante indifférence ; désastre ! cette retenue excite la générosité de sa protectrice.
La reine donne tout et demande excessivement : l'amitié totale, les confidences extraordinaires, la vérité sur le beau Fersen, l'amusement perpétuel au sein du Cercle intime. Yolande nourrit la reine de sa gaieté et quand elle s'écroule, au comble de l'épuisement, Vaudreuil et Besenval reprennent le flambeau.
 Avec un aréopage de familiers qui usent leurs incisives ainsi que des vampires mondains sur d'infortunées victimes .
 La charmante marquise de Bombelles , égérie de l'amour conjugal (chose rare à la cour !) et amie d'enfance de la soeur du roi, Madame Elizabeth , en dépit de son affabilité naturelle portera un jugement abrupt sur cette bande hautaine qui éclabousse la réputation de la reine :
"Cette fameuse société est composée de personnesbien méchanteset montées sur un ton de morgue et de médisance incroyable. Ils se croient faits pour juger le reste de la terre...Ils ont si peur que quelqu'un puisse s'isinuer dans la faveur qu'ils ne font guère d'éloges, mais qu'ils déchirent bien à leur aise ."
Aveuglée par son éternel désir de se blottir loin des conventions dans un nid amical tout dévoué à son bonheur immédiat,la reine pardonne beaucoup à ces tristes personnages . Bientôt Yolande est prise en otage entre ses amis profiteurs et Marie-Antoinette qui en acceptant de combler ces coeurs avides . ne cherche qu'à renforcer leur mutuelle affection ...
Voici  peut-être l'apaisement ; après la naissance  un peu décevante de sa fille le 19 décembre 1778 , Marie-Antoinette enfante un dauphin à l'automne 1781; la France pardonne beaucoup aux excès de jeunesse de cette reine qui jure de ne plus s'occuper que de sa famille.
Yolande croit voir s'ouvrir les grilles du palais , elle meurt d'envie de s'envoler  loin de ce"pays-ci "où chacun la supplie d'obtenir une faveur , une audience, une place, un sourire, un battement de cils des monarques. Cette beauté dépouillée d'apprêts, n'aimant rien  que la sobriété harmonieuse, n'existe plus en tant qu'être humain  indépendant et sensible ; elle est devenue un éclatant reflet de la munificence royale !la déesse de la cupidité !
Or , Yolande n'a jamais quémandé pour elle-même ...les apparences la clouent au pilori . Une cabale se forme contre le pouvoir prétendu de la "favorite".Celle-ci croit s'envoler vers sa retraite rustique , à l'abri de cette cour envenimée .
Son secret espoir tourne bride ; c'est l'inverse qui se produit ! La voilà atteignant l'apothéose : gouvernante du dauphin des enfants de France , la petite princesse Marie-Thérèse et le "premier"dauphin , plus tard , son jeune frère ,(le futur enfant abandonné mort en captivité )et la petite Sophie qui ne vivra pas une année .Charge s'exerçant de l'aube au soir en passant par les nuits mouvementées au chevet de jeunes enfants vite souffrants d'un des innombrables maux de cet âge tendre ;  charge prestigieuse des plus redoutables pour une frêle mère de famille ennuyée de tout ce qui n'était pas le rythme paisible d'une existence campagnarde .Comment refuser ? Ni Marie-Antoinette , ni le clan Polignac ne le toléreraient !
Yolande se soumet en reprenant sans se plaindre  la place de la précédente gouvernante tout juste déchue de ses hautes fonctions, la dévouée princesse de Guémené.
Or , il faut infiniment de tact dans une situation délicate car cette grande dame est loin de mériter son "renvoi" .
 Alexandre de Tilly ,page un tantinet libertin , insolent observateur au parler tranchant ,ose employer des mots cinglants , non pas à l'égard de Yolande mais de la reine .N'a -t-elle fait montre d'une "froideur cruelle" quand la première titulaire de la charge de gouvernante des enfants de France , cette pauvre princesse de Guémené, acceptant de se sacrifier en raison de la banqueroute de son époux , ruiné pour avoir tenté de suivre le rythme des folles dépenses imposées à son rang à la cour ,se retira au fin fond d'une sinistre province (le châtiment suprême !) ?Pour un peu , Alexandre de Tilly , d'habitude défenseur inconditionnel de Sa Majesté ,accuserait la reine d'être une ingrate dénuée de coeur :
"La reine n'avait-elle participé à la ruine de cette maison ? On ne saurait excuser le manque absolu de l'intérêt qu'aurait dû montrer la reine pour une personne qu'elle n'avait jamais beaucoup aimée, disait-on , mais qui avait été placée si prés d'elle et dans une si haute charge , qu'on ne pouvait pas admettre qu'elle eût pu être exercée sans que celle qui en était pourvue depuis assez longtemps n'eût pas mérité la confiance royale ."
La confiance ! Voilà le maître mot ! Marie-Antoinette n'accorde celle-ci qu'à sa douce et paresseuse amie ! Alexandre de Tilly précise donc :
"Devenue gouvernante des enfants de France , à la place de la princesse de Guémené, la favorite fut dès ce moment , sous tous les rapports , la première personne de la cour .J'avouerai même que sa socièté intime (le fameux cercle enchanté réunissant le "plus français des Suisses" , le très libertin Besenval , et le comte de Vaudreuil, mauvais génie de Yolande)exerçait une assez grande influence sur les affaires de l'Etat en défaisant les ministres , et le plus souvent sans rime ni raison pour l'intérêt général ."
On ne peut se montrer plus éloquent ... Une autre spectatrice de ces temps bizarres , Madame Vigée-Le Brun , portraitiste flatteuse de la famille royale en général et de Marie-Antoinette en particulier , se souvenant avec émotion et nostalgie de ces fantômes errant parmi les buis ,affirme avec la fermeté imperturbable d'une femme d'expérience qui ne saurait mentir :
" la duchesse de Polignac joignait à sa beauté ,vraiment ravissante, une douceur d'ange, l'esprit à la fois le plus attrayant et le plus solide ."
On est loin de la ravissante idiote manipulée par son amant l'autoritaire Vaudreuil ! Où se situe la vérité ?
En réalité, Yolande aimait trop avoir la paix,  consentir à ce qui semblait être l'air du temps , couler des jours faciles , jusqu'au fatal arrêt : la descente aux Enfers amenée par la prise de la Bastille .
Au bord du gouffre , Yolande et Marie-Antoinette renoueront leur lien de réconfortante amitié qui s'était effilochée au fil de la cascade des ministres , des exigences inconsidérées du clan Polignac , de la mort atroce du premier dauphin ,  de celle bouleversante de la petite princesse Sophie qui commençait à sourire,de la lassitude du coeur exigeant de la reine meurtri par l'indépendance tenace de cette douce Polignac .
Fuyant à l'instar d'une voleuse , déguisée en soubrette, Yolande se jettera aux pieds de la reine , pâle , désolée , les yeux perdus de douleur, elle la suppliera de la garder au sein des épreuves horribles qui l'attendent . la reine mettra elle-même son amie dans le carrosse de l'adieu .Au moment précis où la voyageuse et sa famille rouleront hors des grilles , un messager lancé au galop apportera ce billet griffonné d'une écriture hachée :
"Adieu ,la plus tendre des amies ! Adieu , ce mot est affreux mais il le faut ."
Sauvée in extremis , exilée en Suisse , à Bâle , puis à Rome , Yolande en proie à un cancer , se languira jusqu'à suivre la reine dans la tombe à Vienne  , deux mois après son exécution ignoble ...
Son épitaphe trahira l'océan de ses remords et l'intensité de son amitié envers cette reine qui lui avait donné son coeur et prodigué sa confiance :
 "Morte de chagrin" ...

L'amitié et l'amour sont deux sentiments insondables et un même abîme souvent ...

A bientôt pour des sujets plus joyeux !

Votre Lady Alix
Duchesse de Polignac par Mme Vigée-Le Brun

                                                                     Château de St Michel de Lanès
                                                                     Cabinet St Michel Immobilier CSMI

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