Avril enchanté: un roman fleuri et amoureux d'Elisabeth von Arnim
Une fable exquise parmi les glycines de la Ligurie
Quel enchantement de remonter le temps et de s'assoir sur un banc de pierre au coeur d'un jardin outrageusement fleuri en face de la mer de Ligurie ! Nous sommes en 1920, et un miracle fleuri va s'accomplir sous nos yeux de lecteurs attendris.
Antidote à la dépression d'hiver, à la maladie d'amour, aux stigmates de l'âge mûr et aux mélancolies de la jeunesse égoïste, cette histoire chante l'Italie, pays du bonheur, du rire et des éblouissements perpétuels.
Ouvrir sa fenêtre vous plonge au Paradis, rêver face aux vagues guérit votre âme souffrante, respirer la senteur du jasmin, de la glycine, des roses les plus empourprées, et de chaque fleur humble et enivrante se faufilant entre rochers et les vieux murs, vous enlève à votre vie d'avant. Vous êtes sur un nuage de bonheur pur.
Vous-même ne pesez pas davantage qu'un rossignol ou un rouge-gorge, vous étendez vos ailes à l'unisson des hirondelles peuplant ce vieux manoir loué sur un providentiel coup de tête par quatre femmes en mal d'amour et de tendresse, en mal de soleil et de bonheur, un jour de pluie et de solitude dans un Londres morose.
"Avril enchanté", c'est bien plus qu'une charmante histoire à la grâce désuète s'achevant sur une musique sentimentale. Elisabeth von Arnim, ( femme de Lettres anglaise, qui fut célèbre il y bien longtemps, en dépit de l'ire de son comte Prussien de mari) nous conte, à la manière d'une pièce de théâtre, comment à une encablure de Portofino, furent sauvées de la nuit noire de l'âme et du néant du coeur, quatre femmes qui virent leur destin prendre un tour nouveau dans un jardin d'Italie.
Voici d'abord la virevoltante, la fantaisiste, l'aimante Lotty Wilkins, environ trente jolis printemps, ravissante blonde aux idées farfelues, douée, du moins le prétend-t-elle de double vue, et surtout, malheureuse épouse d'un avocat grassouillet et butor, grand mangeur de poissons frais et toujours prêt à faire entendre les roucoulements de sa voix d'or, sauf s'il s'agit d'enjôler sa femme dévouée.
C'est tout simple et affreusement triste: le prétentieux Mellersh Wilkins ignore quel charme émane de son épouse qu'il ne regarde plus. L'a-t-il même bien regardée ? Lotty est réduite au rang de cuisinière dévouée ...Et sa vie lui semble aussi inutile que vide ...
Le hasard d'une annonce passée dans les pages austères du Times va l'amener à rencontrer Rose Arbuthnot, sans doute juste de son âge mais si terriblement vieux- jeu et si franchement bigote ! toutefois, on a souvent grand tort de se fier aux apparences... En vérité, Rose au beau visage de madone, cultive les vertus religieuses et l'amour de son prochain afin de combler l'indifférence de son mari, jeune écrivain spécialiste des biographies coquines des plus célèbres maîtresses royales. Quel scandale vraiment !
A force de s'entendre tancer par sa bigote d'épouse, Frederick a choisi de se bâtir une seconde vie. Etabli en faux célibataire, adulé des belles ladies, au sein des beaux quartiers de Londres, l'écrivain à la mode en vient à oublier l'existence de sa pauvre petite épouse, si éprise de bons sentiments et si engluée dans ses bonnes oeuvres.
Mais un dieu malicieux pointe son nez un jour de pluie, et nos deux mélancoliques rose et Lotty répondent sur un coup de folie à une annonce proposant la location d'un petit château médiéval meublé en Ligurie, domestiques, glycine et beau soleil compris !
Nos deux belles en mal de détente disposent d'une petite sommes, le jeune propriétaire, Mr Briggs, tombe sous le charme de Rose qui lui rappelle la Madone dela Renaissance accrochée dans l'escalier de son château,
Comment ne pas donner sa confiance à une si douce créature ?
Hélas! Mr Brigg a beau rivaliser en courtoisie avec un prince italien, il ne songe pas à réduire la facture de la location de son manoir pour tout le mois d'avril !
Heureusement, nos belles Anglaises ne manquent pas de sens pratique, et les voilà en quête de deux autres amatrices de glycine et de vacances en Ligurie.
Apparaît alors Lady Caroline, illustre fille d'aristocrates illustrissimes, elle ne compte que des nobles coeurs et des paladins dans sa lignée, et elle parle un italien fort agréable, ce qui aidera grandement les ignorantes Rose et Lotty une fois in situ. Lady Caroline apparaît sans apparaître réellement, c'est une apparition voilée, sans doute fort jeune, et délibérément discrète ...Les deux amies s'en contentent fort bien, l'essentiel restant l'état de fortune assez conséquent de cette héritière intrépide !
La dernière candidate a par contre quelque chose d'effrayant, c'est le prototype- même de la vieille-fille anglaise surgie de l'ère victorienne, une certaine Mrs Fischer, avare et raisonneuse, l'esprit englué dans ses souvenirs d'une jeunesse vécue en compagnie des écrivains bien démodés.
Mrs Fischer est "boutonnée" de coeur et d'âme, à priori inapte à la vie dans un aimable cercle, tout en se vantant de pouvoir offrir l'évêque de Canterbury en guise de référence.
Qu'importe ! A la guerre comme à la guerre, Rose et Lotty réunissent leurs forces afin de se convaincre d'endurer cette étrange personne tout le mois du séjour italien. Qui sait si, loin de son mausolée et de ses poissons rouges, la raide Mrs Fischer ne se laissera -t-elle amadouer par les délices du beau château en Ligurie ?
Naïves et effarouchées tout au long du voyage, nos deux aventurières sont transies d'effroi à la descente du train; ces brigands qui se précipitent sur leurs bagages cacheraient -t-i ls de vastes et sombres desseins ? "San Salvatore" pépient -elles au comble de la détresse, et d'entendre "San Salvatore, si, si!" pendant ce qui leur paraît une interminable équipée...
Enfin, sauvées ! le château de San Salvatore les engloutit de sa magnificence nocturne, et à l'aube, le paradis s'ouvre devant leurs yeux battus de fatigue.
Hélas ! Lady Caroline, dont la beauté rivalise avec celle du lieu, les a précédées ! La jeune lady se permet , à leur immense déception, de les accueillir froidement... Quant à Mrs Fischer, c'est une cascade glacée... Qu'à cela ne tienne, Rose et Lotty se lancent dans l'inattendu, et de secousses en surprises, de promenades en réflexions, vont assister à la métamorphose morale de chaque " invitée au château ".
L'horripilante Mrs Fischer et la trop gâtée Lady Caroline fondront bientôt de tendresse, chacune pour des raisons fort différentes...
Le bon génie de San Salvatore, enfoui sous les fleurs du printemps de terrasses en balcons, depuis les remparts noblement décatis à pic de la mer sereine, décide de se divertir sans façon sous le regard perplexe et bienveillant de toute une famille de domestiques gesticulant et gazouillant.
Le premier à en faire les frais sera l'avocat manquant de périr dans sa baignoire, une scène d'un comique délicieusement anglais. L'ambitieux Mellersh a accepté de rejoindre son épouse Lotty uniquement poussé par la furieuse envie de connaître deux futures clientes fortunées, Lady Caroline, et Mrs Fischer, le voilà puni ! Il se présente à la l'aristocratique Lady quasi en tenue d'Adam... Horreur! Mrs Fischer attirée par le vacarme de la chaudière venant d'exploser, contemple à son tour ce spectacle inconcevable !
Or, l'amour et la bienséance étendent leurs ailes sur San Salvatore, et on assiste à une nouvelle version de "Beaucoup de bruit pour rien ". A la suite du charmant châtelain qui a vu en Rose une exquise veuve de guerre, l' époux volage de la douce créature apparaît, vient-il voir Rose lui aussi ? Que non pas !
Le scandale s'embusquerait-t-il en ce jardin extraordinaire ? Or, nous sommes au Paradis, c'est à dire en Italie, au coeur d'avril, et le dénouement sera joyeux...
A vous de respirer les effluves surannées et piquantes montant de ce frondeur "Avril enchanté"! Ce roman sans eau de rose prodigue l'humour tendre et le rire optimiste, et l'amour de l'Italie, pays de l'humanisme oublié...
A bientôt, pour de nouvelles péripéties, sous les citrons d'avril,
Du côté de ma "Trilogie de Capri",
Nathalie- Alix de la Panouse ou Lady Alix





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