mardi 31 mai 2016

Anacapri: Axel Munthe à San Michele ou le roman d'un grand coeur

Sur la montagne d'Anacapri, la "villa San Michele" est un oiseau de pierre gardé par un sphinx de granit rose.
Un songe antique tiré des sources bleues du Léthé , le fleuve de l'oubli,par un chevalier venu des pays neigeux de Scandinavie, un fils adoptif des rois de Thulé.
"Ils reviendront ces Dieux que tu pleures toujours" s'écriait Gérard de Nerval à la napolitaine Myrtho. Cette fervente prophétie a pris possession d'un balcon surnaturel; celui d'un archange veillant sur le dernier séjour terrestre de l'empereur Tibère.
 L'ultime escale d'Ulysse aurait pu être ce belvédère sacré. Une nymphe au regard vert, sœur de Circé, confidente de Calypso, guette l'imprévisible voyageur entre les blanches colonnes.
 Un esprit singulier anime les calmes visages de pierre rayonnant d'une noble harmonie, les douces allées accrochées à la falaise d 'or brûlé, les graciles pergolas abritant fantômes de patriciens ou de moines aux yeux grands ouverts sur l'abîme.
Trois cent mètres plus bas, la mer chatoie de sa beauté indomptable et fantasque.
Autour de la maison ,vers la chapelle endormie, un frisson ébranle les arcades immaculées: Homère chante, les Dieux sourient sous les glycines... Ils n'ont pas menti: les voici enfin revenus.
Vers 1890, un jeune étudiant en médecine suédois répondant au nom assez dur à extirper d'une bouche italienne, Axel Munthe, rencontre une fille de Zeus au pied des falaises d'Anacapri. L'ensorcelante Gioia le guide d'un pas céleste vers les 777 marches menant au ciel, c'est à dire le sommet de la montagne où l'empereur Tibère, "Timberio" pour les habitants de l'île, contempla , 11 années durant, le soleil se coucher sur son âme de despote.
 Les éclats de marbre rouge pleuvent des rochers, les maléfices descendent du haut des sentiers vertigineux, Axel, envoûté, suit la bella Gioia et son adorable petite  Rosina, une ânesse à laquelle l'amour et la courtoisie de sa maîtresse font éviter les charges et la rapidité dans un périple harassant.
Mais Gioia, aussi têtue que Rosina, refuse net de grimper jusqu'au balcon d'Anacapri: la visite habituelle à la "Grotte Matromania " ou à "l'Arco Naturale" devrait suffire à combler ce séduisant visiteur pâle comme une nappe d'autel.
 Le jeune "pazzo", le fou que vient de devenir Axel Munthe, n'écoute pas les exhortations à la prudence de sa belle amie; il faut se mettre à l'ombre... La chaleur de midi foudroie comme une armée de glaives !
Le Monte Solaro irradie ainsi qu'un temple abandonné, Axel entend l'appel du passé. La brûlure du destin l'emporte sur la douceur d'une halte en bonne compagnie: "il fallait que je grimpe sur la montagne".
Une impulsion spirituelle qui va vite se parer d'un nom... Sur son rude chemin, le Suédois mourant de soif se voit nourri d'une orange par une femme sans âge qui escalade courageusement les sentiers glissants à la recherche des heureux destinataires de ses lettres entassées au fond de son panier. Maria Porta-Lettere est une héroïne de la poste insulaire !
Une bien aimable missionnaire du courrier, d'autant plus exemplaire qu'elle elle ne saisit guère les adresses pompeuses gâtant ses enveloppes sacrées. Qu'en termes étranges les noms des braves gens d'ici sont énoncés !
Ainsi, cette mystérieuse Gentilissima Signorina Rosina Mazzarella,
serait-ce, dans le petit monde de Capri, la Cacciacavallara (femme des fromages) ou la Capatosta (testue) ou mieux, la Zopparella (boiteuse) ?
Attendri et ensorcelé par cette magicienne, cette pythie de la baie de Naples, Axel tente d'élucider les énigmes offertes à sa sagacité.
Les Dieux émus se concertent de plus belle: ce barbare nordique mérite sa récompense !
Et une mélodie s'échappe des orangers: "San Michele"... Là, c'est la chapelle de San Michele, dit la pythie porteuse de mots d'amour (Que peut-on envoyer d'autres à Capri ?). C'est une révélation ! Le romantique docteur croit voir tourner, sous ses yeux aveuglés de lumière pure, l'irréfragable roue gouvernée par Chronos. Passé, présent, avenir aboutissent à ce nom d'archange: "San Michele".
Axel Munthe a trouvé le sens profond de son existence !
Un paradis à relever sous l'égide d'un fantôme en manteau rouge, la sanglante marque de l'empereur Tibére...
Une chapelle et les vestiges d'une maison romaine: tout ce champ de débris somptueux est encore davantage ravagé par l'industrieux MastroVincenzo. Cerveau frustre mais fertile, ce menuisier des montagnes marche sur le marbre, casse les colonnes de granit écarlate et envoie valser les pièces portant la "noble tête d'Auguste" comme d'autres les cailloux.
Le cœur d'Axel bat au triple galop quand son nouvel ami lui raconte tout bonnement sa découverte d'une salle magnifique:
 "avec des murs rouges entièrement décorés de peintures; avec des chrétiens en grand nombre, complètement nus, les mains pleines de fleurs et de grappes de raisin."
Hélas, au lieu de se pâmer d'admiration, le brave paysan s'est voilé la face devant ce spectacle impie! Pire: il s'est évertué à recouvrir ces fresques de ciment ! Un dur labeur... Heureusement, la chapelle ne lui appartient pas. On la dit hantée d'un grand moine scrutant la mer, les cloches disparues tintent depuis l'au-delà; et l'empereur Tibère, métamorphosé en un énorme serpent noir, épouvante le trop curieux promeneur.
Axel n'en peut plus: il ne craint certainement pas d'affronter ce fatras de légendes ! Il est chez lui, voilà tout: "J'escaladai le mur, et montai l'étroite ruelle vers la chapelle. Le sol était jonché jusqu'à hauteur d'homme des débris de la voûte écroulée; les murs étaient couverts de lierre et de chèvrefeuille sauvage, et des centaines de lézards jouaient joyeusement parmi les grosses touffes de myrte et de romarin... un gros serpent endormi sur la mosaïque ensoleillée déroula lentement ses anneaux noirs et rentra en rampant dans la chapelle, avec un sifflement menaçant.
Etait-ce le spectre du vieil empereur sinistre hantant les ruines de ce qui avait été sa villa impériale ?"
Qu'importe !
Axel, généreux, idéaliste, compatissant aux douleurs des animaux autant que des humains, veut élever une retraite vouée à l'harmonie et au bonheur, un refuge pour bêtes blessées ou abandonnées, esprits en déroute, amis mélancoliques; un sanctuaire ouvert au dieu des vents, à la clarté invulnérable; un temple affermi dans la certitude de l'immortalité de l'âme:
"Vivre en un tel lieu ! mourir en un tel lieu ! si toutefois la mort peut jamais vaincre un jour la joie éternelle d'une telle vie !"
Mais, un endroit traversé par les fleuves coulant en des royaumes invisibles, dicte ses conditions.
Le jeune homme déborde d'exaltation, de projets, de visions exquises. Soudain, le fantôme en manteau rouge qui, Axel l'ignore encore, deviendra son compagnon imprévisible et tenace, propose un pacte:
" Tout cela sera à toi, dit-il d'une voix mélodieuse, embrassant l'horizon d'un geste de la main, la chapelle, le jardin, la maison, la montagne avec son château; tout sera à toi si tu es disposé à y mettre le prix."
Les hommes de Scandinavie habitués à voir trotter des lutins dans leurs immenses forêts ne montrent nulle sotte mauvaise humeur ou méfiance mesquine quand le surnaturel frappe à la porte. Axel déploie un trésor de bonne volonté afin de convaincre ce spectre intimidant mais assez amical.
Un très respectable ambassadeur dont l'accent âpre, le latin parfait et le glaive court lui rappellent vaguement quelque illustre personnage de la Pax Romana...
Qu'à cela ne tienne ! sans l'ombre d'une hésitation, l'étudiant pauvre accepte, l'ivresse au cœur, de donner sa vie à ce domaine se lamentant sur sa triste incurie ! Un seul détail le gène, presque rien, le son de la réalité au sein de ces prestiges évanouis; peut-être le fantôme, homme semblant doué de bon sens, aurait-il une solution:
"Comment puis-je acheter cette maison, mes mains sont vides ?"
L'homme au glaive  à cette fière réponse:
 "Tes mains sont vides mais elles sont vigoureuses, ton cerveau est impétueux mais clair, ta volonté est saine; tu réussiras. Je t'aiderai."
Axel reçois une leçon de courage , et une indication extraordinaire .Il veut tant de choses , des colonnes de marbre , des guirlandes de vigne , des avenues de cyprès , et , il ne sait pas d'où surgit ce fol désir , un sphinx allongé sur le parapet de la chapelle , un gardien des tombeaux des pharaons comme passerelle étendue sur l'océan des âges . Le fantôme approuve et en son langage clair-obscur , il pousse la magnanimité à ouvrir la route ;  non loin ,le sphinx attend depuis 2000 ans d'être hissé par Axel au sommet de la falaise:
 "Cherche et tu le trouveras, il t'en coûtera presque la vie pour l'amener ici, mais tu le feras."
Les spectres ont la manie déplorable de vous quitter au moment où vous mourez d'envie de les harceler de questions. Le fantôme d'Anacapri ne fait pas exception à cette loi non écrite. Axel est désormais seul maître à bord de son vaisseau de pierre effondrée sous les branches immobiles des pins grillés de soleil.
Le roman de San Michele est né.
En 1895, médecin et humaniste, Axel Munthe achète la chapelle effondrée d'Anacapri et, dans son sillage d'orangers, de pins et de jasmins sauvages, trente siècles de destins entassés sous les morceaux épars de marbre rougeoyants ...
Par une bizarrerie du destin, le jeune médecin mettra ses talents à la fois au service des pauvres de Naples, de la haute-aristocratie cosmopolite s'égaillant entre Rome et Sorrente et des humbles animaux négligés dans tous les milieux. Anacapri accueillera les princes amateurs de ferveur latine et les chiens malades; un petit babouin accablant son entourage de mille facéties sera l'hôte le plus gâté de San Michele...
Cet amour indéfectible des animaux, bien avant la profession de foi d'un Gérald Durrell, contribue à rehausser l'attachante figure d'Axel Munthe. Ce médecin qu'aucune misère ne laissait insensible puisait-il sa bonté dans la terre de Saint-François d'Assise ? La sainte allégresse de sa chapelle, la perfection dépouillée de sa longue maison, patiemment édifiée sur les fouilles romaines, exacerbaient -elles sa générosité ? Pourquoi une maison ne rendrait-elle altruiste si elle vous apprend le bonheur ?
A chaque moment de répit, une fois soulagées les souffrances physiques ou morales de ses malades du grand monde ou du petit peuple, le médecin descend au profond des mystères de sa maison:
 "du lever au coucher du soleil je travaillais dur dans ce qui avait été le jardin de Mastro Vincenzo, creusant les fondations des grandes arches de la loggia devant ma demeure future."
 Toute une famille l'aide avec enthousiasme ! Personne ne sait lire ou écrire, aucune importance:
 le secret des arches les habite de père en fils.
Confiants en ce médecin qui fait maintenant partie de l'île, les fils et filles de Mastro Nicola, se fient aux dessins enfantins d'Axel.
Cela conduirait au drame si une influence étrange ne s'ingéniait à guider le chantier. Les étés de labeur lient encore plus l'idéaliste bâtisseur à ses vaillants amis insulaires. La chapelle révèle sa crypte où deux moines reposent depuis 500 ans, leurs crucifix serrés au creux de leurs mains. Du fond de leur sommeil éternel, ils envoient un sourire paisible au nouveau maître des lieux.
Peu à peu, une foule de miraculeux trésors couvre le champ de ruines: murs blancs, cyprès venus de la villa d'Este, petite maison prête à s'envoler au dessus de la mer, vases d'Urbino ruisselants de fleurs; austérité parsemée de très beaux compagnons de route: tableaux, vitrail irisé, Horus de basalte , Victoire ailée, livres  précieux; et, surtout, accrochées aux nuages, loggias, terrasses et pergolas doucement s'élèvent comme un rempart de chimères éblouissantes:
"une à une les cent colonnes blanches de la pergola se dressèrent dans le ciel... Souvent le soir quand les autre étaient partis, j'avais l'habitude de m'asseoir seul sur le parapet brisé auprès de la petite chapelle où devait se dresser le sphinx de mes rêves, mon imagination contemplait le château de mes rêves surgissant du crépuscule. Il me semblait voir une haute silhouette en long manteau rouge errant sous les voûtes à demi finies, examinant le travail de la journée, éprouvant la force des nouvelles constructions, se penchant sur les dessins rudimentaires tracés par moi sur le sable."
Le fantôme a tenu parole ! chaque nuit, le messager des temps antiques envoie un songe bienfaisant au médecin qui chaque matin se réveille un nouveau plan en tête !
Le spectre s'est fait architecte !
avec un pareil soutien, on ne relève pas seulement des pierres, on construit une  philosophie...
Au fil des chapitres de sa vie de médecin, de ses efforts inspirés de créateur d'un paradis, Axel comprend l'essentiel des destinées mouvantes; une poignée de mots lui suffisent à confier la clef du bonheur invaincu:
"quelques amis, quelques livres et un chien, voilà tout ce qu'il vous faut posséder autour de vous tant que vous vous posséderez vous-même. Mais vous devez vivre à la campagne."
Anacapri n'est guère une banale contrée rustique ! toutefois, sa solitude ensoleillée, encerclé de l'infini bleu-violet d'une mer euphorisante, avive le plaisir de vivre "tout terriblement". La moindre émotion s'enlève vers la passion.
A l'instar de la découverte du fameux sphinx, symbole de l'accord absolu entre paganisme et christianisme: c'est lui, cet immobile et silencieux serviteur de l'ancienne Egypte, que les forces occultes ont choisi comme veilleur à l'entrée de la chapelle dédié à l'archange combattant.
Là encore, un rêve a décidé des sentiers terrestres. Axel prévient son infatigable complice, Mastro Nicola de l'urgence de préparer sa place au sphinx. Le brave homme s'excite, il ne comprend pas très bien s'il s'agit d'un nouveau chien ou d'un lion à la retraite ! qu'importe, les souhaits de ce fou bienfaiteur qui a prodigué l'eau d'une énorme citerne au village tout en donnant de l'ouvrage à la population, seront exaucés.
Axel, ému, s'ingénie à calmer les ardeurs de son ami; le merveilleux sphinx, hélas, est prisonnier des restes effondrées d'une autre villa romaine, peut-être celle d'un empereur dont la cruauté suscite encore l'effroi.
 L'expédition de sauvetage de cet animal légendaire taillé dans un bloc de granit rose requiert le soutien efficace d'une magie plus vieille que la nuit des temps...
Mastro Nicola possède, grâce au ciel, un solide bon sens. Cette chose en pierre sera fort lourde à hisser sur les terrasses de San Michele ! et, avant, si on la transporte par mer, le frêle bateau d'Axel n'en chavirera-t-il pas ?
Songeurs, les deux amis demandent conseil au vin de l'île tandis que les cloches de la chapelle chantent l'Ave Maria.
Endormi sous les étoiles, Axel part dans un cauchemar au parfum de ciste et de romarin. Solitaire devant l'arche de marbre dérobant les poignants vestiges d'une somptueuse maison, un berger maigre à faire peur et tout plissé de rides, égrène un air lancinant sur sa flûte de Pan.
 Serait-ce un dieu déguisé en pitoyable mortel ? De sa main lasse, le voici amenant Axel vers un passage souterrain; là, tout en bas, un loup-garou gronde dans les ténèbres depuis des milliers d'années; c'est une fatalité: chaque visiteur finit dans la gueule du monstre...
Le médecin a une âme d'airain, les périls le tentent prodigieusement, le voici descendant les degrés de marbre, sa torche menace de s'éteindre, une plainte atroce glace son sang.
Nul péril redoutable ne freine pourtant sa marche.
 Au terme de sa quête, celui qu'il espérait le regarde bien en face:
 " je me trouvai dans une salle immense. Deux grandes colonnes de marbre d'Afrique soutenaient encore une partie de la voûte, au centre était accroupi un grand sphinx de granit qui me fixait de ses yeux grands ouverts."
Axel se réveille d'un coup, et, décide d'aller droit au sphinx ! La réalité épouse le fantastique: en deux heures, le bateau et son équipage prennent la mer en direction de la région la plus déserte d'Italie, une plaine, jadis havre de la civilisation grecque au sein de l'empire romain, subissant tremblements de terre et ravages de la malaria. Le yacht ancré dans une crique inconnue, Axel quitte ses hommes, entraîné corps et âme, par une certitude absurde.
Trois jours d'errance et le décor du rêve lui saute à la gorge ! Même le berger couturé de rides innombrables l'attend en jouant de sa flûte ! Mais, le lecteur, avide de sensations troublantes ou d'indices ésotériques, ne saura rien de l'odyssée de cet Ulysse confondant un sphinx avec la brune et tendre Pénélope. Axel nous éloigne courtoisement de sa plus belle aventure, certains mystères dépassent notre pauvre entendement, contentons-nous des balcons de San Michele et de la vue sur Naples...
L'élu, le "voyant", l'homme appartenant à plusieurs dimensions, danse sans souci du vertige
sur le  mince pont unissant ombre et lumière:
"tout ceci est trop étrange, trop fantastique pour être traduit par des mots écrits, d'ailleurs vous ne me croiriez pas si je l'essayais. Ne me posez pas de questions, je ne puis rien vous dire, je n'ose rien vous dire. Vous pouvez interroger le grand sphinx de granit accroupi sur le parapet de la chapelle à San Michele. Mais vous l'interrogerez en vain. le sphinx a gardé son secret cinq mille ans. Le sphinx gardera le mien."
Mystère et clarté, bonheur et sacrifice, c'est cela San Michele.
Et aussi , les autres ,tous les '"San Michele" sauvés par les efforts douloureux de ceux qui s'évertuent, sans trop en deviner la raison,dans des pays bien moins aimables que l'incandescent Capri, à extirper la beauté ensevelie des tours ployées ou forts fracassés, manoirs aux toits béants, châteaux aux murailles lézardées, de vaste ou humble taille, de rare ou seulement pittoresque architecture, de mille ans ou de cent ans d'âge.
Le génie du lieu, présence ineffable et réconfortante à la fois, agit  au moment précis où l'espoir se rompt. C'est lui qui insuffle cet esprit généreux sans lequel aucune pierre ne serait remontée.
Nous avons tous, au sein de nos maisons, un fantôme discret et bienveillant, terrassant les dragons de la peur et de la tristesse et, qui sait, veillant sur nos destinées hasardeuses...
Axel Munthe a cru manquer sa vie ! Au contraire, il en a fait un florissant poème de marbre et de mots. Le "livre de San Michele" traverse sa vie entière en évitant les écueils de l'amertume et l'arrogance de celui qui croit avoir accompli un destin extraordinaire.
Roman vrai, tumultueux, éclatant, toujours modeste, souvent déconcertant à l'extrême, ce fleuve coule de l'âme et émane du cœur d'un homme à l' inépuisable bonté.
 L'amour des autres, l'amour des doux animaux, et l'impossible amour envers une très grande dame de son pays natal, tous ces dons de soi, rythmèrent les jours accomplis de cet homme embrassant l'horizon du haut de sa tour de Damecuta,: son dernier refuge quand il devint presque aveugle pour avoir trop aimé la lumière de Capri ....
En adieu au monde, il s'adresse à nous, amis ombreux, amis spirituels, lecteurs éblouis:
"Plaise à Dieu que l'histoire de ma vie se termine parmi les chants d'oiseaux devant ma fenêtre et sous un ciel étincelant de lumière ".
Mais, à l'entrée de la chapelle d'Anacapri, le fantôme d'Axel, cet homme qui fut "buono come il mare", bon comme la mer, ainsi que le chuchota en mourant son vieux jardinier Pacciale, guette le jour renaissant à côté de son sphinx songeur.
 Et, si vous avez confiance en eux, peut-être vous donneront-ils ensemble, le fantôme bienveillant et la statue énigmatique, la clef de votre destinée...

A bientôt

Lady Alix






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