samedi 11 février 2017

Corfou : l'île des Durrell !

Corfou ! île bénie des dieux , île où la princesse Nausicaa sauva  Ulysse, l'homme aux mille ruses le  roi d'Ithaque, échoué sur la plus ravissante des plages, la crique portant encore le doux nom de la fille du roi Alkinoos.
Le héros dépouillé de tout, sauf de l'essentiel , verve admirable et grande allure, méritait  son escale chez les Phéaciens, aimables et industrieux, taillant leurs vignes, récoltant les fruits de leurs vergers , élevant les troupeaux de chèvres à l'ombre des bosquets d'oliviers, de figuiers, de citronniers , et donnant des soins patients à leurs champs fertiles.
Trente siècles plus tard, la fantasque famille Durrell,quittant à regrets l'Inde à la mort du père, avec à sa tête le futur écrivain, l'impulsif et l'imprévisible ,Lawrence Durrell, se libéra des abondantes pluies de Bourmenouth, afin de vivre en paix sous les ardeurs du soleil grec .
On était en 1935; le quotidien  ne coûtait pas grand chose et les trésors abondaient : lumière foudroyante, insulaires radieux et généreux,  beautés inouïes éparses à l'entour des villages, des ports, baies ,  plages, lacs et collines ;surtout, pour Gérald (Gerry) Durrell, petit frère d'une dizaine d'années, communion parfaite avec les animaux, insectes et oiseaux.
Le jardin du paradis n'épuisa jamais ses surprises; de la rencontre merveilleuse avec cette île ancrée entre les dieux et les mortels, naquit la vocation de l'écrivain et la passion du naturaliste.
Que seraient devenus Lawrence et Gérald Durrell sans ce séjour prodigieux à Corfou ?
Les lecteurs de tout âge auraient souffert d'une perte irrémédiable :
être privé d'une chronique aussi touchante que joyeuse ! antidote efficace aux frimas spirituels et matériels, aux torrents de soucis et à la monstrueuse servitude de ceux subsistant dans l'enfer des devoirs et déceptions de la vie habituelle .
"Ma famille et autres animaux", roman vrai de Gérald Durrell, souvenir d'une enfance extraordinaire,
devrait faire l'objet des prescriptions médicales les plus judicieuses afin de guérir des tistes humeurs, chagrins d'amour et autres dépressions affligeant le mortel enlisé dans la grisaille fiscale, l'étroitesse professionnelle ou la méchanceté de son prochain .
A Corfou, avant la seconde guerre mondiale, l'homme n'était en rien un loup pour l'homme .
Le bonheur tombait à foison du ciel intense et venait éclabousser la mer  transformée en incendie ensorcelé par la danse des lucioles les nuits d'été .
La petite troupe d'aventuriers se composait en premier lieu de Mère, nouveau chef de famille, une vraie lady, un peu perdue dans les nuées, silhouette minuscule et caractère farouchement voué au bonheur de sa nichée..
Mère n'a pas d'âge , elle est la mère -courage par excellence, et un modèle de distinction immémoriale; ce qui ajoute à son attrait :
"Nous n'avions jamais su précisément l'âge de Mère pour la simple raison qu'elle était incapable de se rappeler sa date de naissance .Tout ce que je peux dire d'elle, c'est qu'elle était assez âgée pour avoir quatre enfants. Elle tient également (confiait Gérald au moment de la parution de son livre en 1956) à ce que j'indique qu'elle est veuve ..."
Histoire de couper court aux mauvaises idées !
Le second héros de cette odyssée extraordinaire c'est bien sûr Larry, alias Lawrence Durrell .
Larry n'est guère idolâtré par l'impertinent benjamin .
Tout au long des périples et aventures corfiotes  , le futur grand écrivain reçoit une aimable volée de bois tendre :
" Larry était voué par la Providence à traverser la vie telle une petite fusée blonde , faisant éclater des idées dans l'esprit des autres avant de se rouler en boule avec une grâce féline et se refuser à accepter le moindre blâme pour leurs conséquences ."
Corfou observe avec un vif étonnement cet  Anglais d'une vingtaine de printemps, tapant comme un forcené sur sa machine à écrire et poussant de sauvages clameurs quand un brave homme pousse la porte des charmantes maisons dénichées au fil des cinq années du séjour :
"Dieu du ciel ! encore un manuscrit refusé !".
Larry est un monstre d'égoïsme, un inconscient narcissique invitant à tour de bras peintres, poètes, artistes plus ou moins défraîchis au risque de tuer Mère sans cesse en cuisine !
Pire, loin d'être un adepte de Saint-François d'Assise, l'apprenti-romancier est l'ennemi juré des multitudes d'insectes, pélicans, pies, serpents et tortues  grouillant entre son lit et la baignoire familiale .
Ces adorables bêtes ramassées par Gérald dans tous les buissons de Corfou provoquent les plus effrayants des drames en déclenchant d'enfantins et irrépressibles crises de rire chez le lecteur consentant .
Leslie Durrell est tout le contraire de son inspiré de frère aîné .
Seule l'odeur de la poudre et le maniement des armes parlent à son coeur d'expert en balistique adolescent. Fort utile afin de nourrir de gibier la famille toujours affamée, Leslie est utilisé à la façon d'un outil par l'habile Gérald . "Gerry" ne se prive guère de manipuler gentiment cet aîné aussi doué pour les travaux manuels que profondément ennuyé par la frénésie intellectuelle de Larry .
Enfin, une créature angélique sème les coeurs brisés sur toutes les plages de Corfou :
voici la "beauté de l'île", Margo, adorée des Grecs de sept à cent sept ans ! la sirène des Durrell, élégamment drapée de mousseline, attire l'amour et les incidents les plus incongrus ! Il lui suffit de se montrer :
"Margo, en enfilant un maillot de bain microscopique et en s'exposant au soleil dans les oliveraies, avait rassemblé une bande ardente de jeunes et beaux paysans qui surgissaient comme par magie dans un paysage apparemment désert chaque fois qu'une abeille volait trop près d'elle ou que son transat devait être changé de place ."
Sous l'égide de l'indispensable Roger, brave chien inlassablement excité, l'aréopage va bravement au devant des naturels de l'île .
L'arrivée est un chemin éclatant; vue du bateau , Corfou émerge ainsi q'un monde d'or et d'argent.
La réalité prend une tournure moins glorieuse : l'hôtel, une "Pension Suisse", singulièrement mal-tenue, épouvante Mère et sa fille ; une terrible angoisse les étreint ensuite quand le guide local leur explique qu'aucune maison à louer ne dispose de salle de bains, confort inutile car, insiste l'homme :
 " Madame ,que voulez-vous faire d'une salle de bains ?
N'avez-vous pas la mer ? "
 Hélas, cet indéniable bon sens n'a aucun effet sur la redoutable Mère . Cette villa  qui n'existe pas , elle et  elle seule saura la trouver ! sans l'aide de personne ! tant pis si la pratique de la langue grecque  lui échappe totalement, il faut avoir confiance en l'étoile guidant les Durrell .
Le Ciel mettra bien sur la route de cette irréprochable famille un individu ayant quelques notions de la langue de Shakespeare . Entraînant  les siens dans une foule hurlante de chauffeurs de taxis, la malheureuse Mère manque, hélas, de perdre la tête et la face.
 Corfou dissimulerait-elle une tragédie sous sa lumière écrasante ?
 Compatissants les dieux ordonnent à un superbe et généreux mortel de sauver les Durrell : Spiro !
 Au volant de sa vieille Dodge, le seigneur Spiro récupère la famille tremblante,et jure de ne plus la quitter. Son anglais rocailleux appris à Chicgo, charrie des mots encourageants ; sa faconde grecque accomplit des prodiges et sa manie de marchander la moindre chose permet aux maigres économies de la rêveuse Mère de rester bien en place .
Son premier voeu est aussitôt exaucé par cet enchanteur aussi replet qu' ingénieux, intègre, volubile,  et autoritaire : Mère souhaite une villa avec salle de bains ?
 La voici ! bien mieux : c'est le plus bel endroit de l'île :
"La villa était petite et carrée .Toute rose au milieu de son jardin minuscule, elle avait un air de détermination ...Dans la pénombre des haies de fuchsias, mille fleurs, telles des ballerines ,semblaient frissonner d'impatience. Dès que nous aperçûmes la villa , nous eûmes envie d'y habiter; c'était comme si elle était restée là à nous attendre . Nous avions l'impression d'être arrivés chez nous ."
Corfou s'empare doucement des Durrell.
Le nuage d'incompréhension s'évapore vite. Le petit Gerry  remarquable de vivacité d'esprit, il faut l'avouer ( avec une pointe de jalousie !),se lance dans la bataille linguistique. Peu à peu les mots grecs coulent de sa bouche, paysans et voisins sourient,applaudissent,proposent leur amitié, leurs chiots sevrés, leurs fruits mûrs et le miel de meurs ruches.
La famille s'adonne à ses étranges passions au grand bonheur des habitants : Mère, adorée à l'unanimité des bergers au consul français, régale l'île entière de plats indiens qui tueraient des estomacs moins aguerris que ceux des Corfiotes .
 Larry écrit avec une  rage véhémente et une impatience irépressible, Leslie se découvre la vocation de constructeur de bateaux afin de combler de joie son benjamin et lui permettre de découvrir les poissons et autres merveilleuses bestioles aquatiques pullulant le long des rivages; et Margo voltige d'heureuses conquêtes en tragiques et fugaces déceptions  sentimentales.
Mais, la famille s'inquiète à juste titre du sort désastreux qui attend ce petit dernier, naturaliste en herbe doué d'une insatiable curiosité, collectionneur invétéré d'araignées, galopant du matin au soir sur les sentiers éclaboussés de soleil sans se soucier de son avenir .
Comment raisonner cet enfant indomptable ?
 Gerry se retrouve donc sous la férule d'un  précepteur improvisé, George.
 Cet exilé anglais est assez avisé pour transformer les matières les plus rébarbatives en vastes champs d'exploration zoologique. Son habileté le pousse même à faire la classe à son élève récalcitrant sur un banc de sable tandis qu'une myriade de poissons aux nuances d'arc- en- ciel chatouillent maître et disciple .
C'est George qui présente Gerry à un savant humaniste et brillant dont l'influence paternelle s'étendra à la famille Durrell pour toujours. Larry, Lawrence Durrell , hissé sur le piédestal des hommes de Lettres, dédiera en 1978 son étincelant ouvrage "Les îles grecques " à cet ami excentrique, d'une bonté exceptionnelle et d'une sagesse infinie :
le docteur Theodore Stephanides
.La rencontre providentielle a lieu devant une tasse de thé : Gerry interrompt une conversation des plus civilisées entre son précepteur et un inconnu qui lui ressemble comme un frère à un détail près :
"Il portait la barbe , lui aussi .Cependant à l'encontre de George, sa tenue était irréprochable. Il était vêtu d'un costume de flanelle complété par un gilet , sa chemise blanche était immaculée , sa cravate élégante et de couleur foncée  et ses souliers reluisaient ."
Theodore n'est pas une grande personne comme les autres. Cet éminent savant, "amoureux excentrique de la nature", se met  en un clin d'oeil au diapason du petit Gerry .Une poignée de main et les voilà tous deux partis éclaircir le mystère des terriers de mygale de Corfou . Sans ménager sa dignité ni son beau costume, Theodore explore le talus où se cache ce monstre miniature .
 Il s'agit bien de mygales ! même si ces dernières se sont enfuies du terrier .Aucune importance ! cette insignifiante déconvenue scelle l'entente entre les deux naturalistes
.Chaque jeudi le jeune Gerry observe l'infiniment petit grâce aux microscopes aimablement mis à sa disposition par le timide savant .
Corfou devient un observatoire fabuleux  ...
En particulier le lac d'Antiniotissa submergé au printemps sous les vagues blanches des lis de sable .
Un sortilège ravissant qui donne des ailes à la famille Durrell, escortée de son digne mentor Theodore et du garde de corps -homme à tout faire, sauveur familial Spiro. Si le paradis existe bel et bien, sans nul doute resplendit-il  autant que les fleurs d'un blanc de neige teinté de rose de la plage enchantée sur laquelle la famille se délasse avec une délectation exemplaire .
 L'habile Spiro régale la compagnie de trois gros poissons embrochés par sa main experte, et préparé de manière à recevoir les éloges d'un chef classé trois étoiles en France.
Détendu ,le philosophe Theodore raconte des histoires à mourir de rire, et rappelle qu'à Corfou tout est possible .
 Plénitude absolue, bonheur divin, beauté immaculée des lis touchés des rayons de lune ; le bateau s'éloigne vers le port, les Durrell n'oublieront jamais cette promenade éternelle ...
Tendre est la nuit , tendre est la vie sur cette île baignée de gentillesse , d'altruisme et de sagesse .
Lisez sans attendre la "Trilogie de Corfou", et le printemps sonnera à votre porte avant l'heure !
Lisez ces souvenirs aux heures sombres, la lumière de la passion de la vie vous réconfortera ....
A bientôt,

Lady Alix
Corfou

                                                                                            Château de St Michel de Lanès
                                                                                           Cabinet St Michel Immobilier CSMI

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