dimanche 4 mars 2018

Invitation à un mariage: bonheur et frayeur !

Le printemps balbutie sous les averses, les jardins frissonnent de toute la tristesse de leurs arbres aux branches nues; oiseaux frileux et  chats angoissés unissent leurs mauvaises humeurs; mars, mois de caprices et de fuite en avant, lasse même les enthousiasmes les plus chimériques.
C'est le moment de l'année où les cartons d'invitation battent des ailes comme les pigeons voyageurs des romans de chevalerie.
Le ciel se nuance de bleu, la mélancolie se lasse de taper au carreau, un nuage de joyeuse frivolité colore le terne horizon !
Voici que des amis, des cousins, de charmantes et vagues connaissances, raniment les cendres de votre affection en  prodiguant amples enveloppes embellies de pompeux jambages.
Retiendrez-vous votre souffle ?
Car, c'est bien évidemment d'une invitation de la plus belle eau qu'il s'agit ...un mariage au coeur de cet été qui semble à l'autre bout du temps....vous ouvrez sans céder à la hâte, le plaisir en retard n'est-ce un surcroît de raffinement ?
 Vous souriez déjà, vous lisez, vous regardez, vous retournez le carton;  un second tombe avec grâce, celui vous apprenant si on vous mande au cocktail, au dîner, ou à la soirée dansante;  la plupart des mariages sont à la carte, peu décrochent la pyramide des réjouissances !
Or, plus on y a droit, plus on doit s'acquitter d'une coûteuse obligation ...
Vous n'en croyez pas vos yeux ! on vous adore au point de vous infliger l'album complet de la cérémonie, votre présence est requise de la messe à l'ultime hurlement de la prétendue musique.
Vous soupirez lugubrement ! c'est trop d'honneur, vous n'y survivrez pas.
Votre belle humeur se couvre d'écharpes grises, le bonheur entrevu s'estompe, vous sourcillez en découvrant l'adresse de la liste de mariage imprimée sous la formule rituelle.
Vous augurez mal de ce fête en falbalas, les fiancés vous auraient-ils choisis non pour votre lointaine amitié mais dans le but caché de s'envoler vers d'autres cieux ? On vous suggère ainsi un don substantiel qui aidera  la" lune de miel" à s'épanouir....
Est-ce un ordre embusqué ? Avez-vous un alibi afin d'offrir une cuillère en argent qui s'ennuie chez vous depuis cent ans ? Ou un plat en porcelaine démuni d'étiquette, enveloppé dans le seyant mystère des présents touchants et impécunieux ?
Pourquoi aussi ces amoureux de longue date décident-ils de rentrer dans les convenances ?
L'amour se passe de chaînes, la vie de couple n'a que faire d'un parchemin:
 Brassens le chantait, les nouvelles générations l'ont fait !
 Cette lubie de beau mariage dénote-elle une douce poésie ou un  troublant pragmatisme ?
 Vous boudez !
 Vous boudez même le charmant plaisir de rêver cinq minutes à une fête de nuit au bord d'un étang, sur la pelouse d'un vieux parc, le sable d'une plage de la méditerranée, en face du fronton d'un manoir noyé de lumières, au porche enseveli de roses odorantes; un mariage, fenêtre grande ouverte sur l'irréalité du bonheur !
Allons, vous imaginiez-vous naïvement qu'à une époque lointaine, moins alourdie de sens des affaires, de sens du concret, mais terriblement soucieuse de la bienséance mondaine et du devoir religieux, les noces étincelaient d'une élégance à jamais perdue ?
Atours à la mode singulière des brillantes cérémonies, chapeaux à la  hauteur ou circonférence inquiétante, satins luisants, soies arachnéennes, glorieux bijoux de famille, diadèmes captant avec aplomb les rayons du soleil (si l'on était adoubé par la "haute société"),  cortèges rigoureux, calèches lustrées, corbeilles de mariage volées à une fée, protocole hiératique, plan de table et orchestre du bal, quel théâtre d'antan!
Et  que cette énergique flamboyance est proche de nous !
Quelle étrange ivresse ne s'empare-t-elle  de nos jours des fiancés, parents, amis, voisins , heureux acteurs ou témoins amusés de ces noces élaborées à grand frais, grand fracas, grand émoi ?
Les tendres aveux se répandent en un clin d'oeil à travers le monde entier, tout de suite la machine infernale s'ébranle !
Quel style, quel lieu, quelle musique, quelle décoration, quelle date surtout !
Il est urgent de la sauver:  si personne ne venait à la magnifique représentation conjugale ?
L e bonheur n'est pas  transparent comme l'eau d'un rapide torrent de montagne !
Si seulement on pouvait se marier dans un jardin entouré d'un cercle intime se contentant d'un pique-nique au son de guitares ou violons...
.Hélas, les mariages sont des vaisseaux bravant de multiples récifs.
Rien que la robe  de la reine du jour exige des promenades effervescentes, des avis contradictoires, des essayages bouleversants.
On ne s'en pare que l'espace d'un jour éternel, on l'esquisse depuis ses premières poupées couvertes de mouchoirs blancs, on subit des doutes affolants, on s'affole !
Affolée, une sentimentale supplie sa grand-mère de lui laisser la sienne, si sobre, en dentelle de Chantilly précieuse. Affolée encore, une rêveuse décide de coudre à la diable un chiffon qui arrachera un cri à l'assistance en se  décousant en pleine messe ! Affolée toujours, une étourdie enserre ses formes dans un fourreau menaçant de craquer à la première coupe de champagne; une romantique retombant en adolescence  se déguise en "Sissi"; une timide, décide de relever un défi avec elle-même, et dénude sa chute de reins au risque de  délicieux scandale.
Les rites encombrent et ravissent à la fois, les envoyer en ballade redonne le sourire, les respecter déclenche  souvent disputes et fausses ruptures.
Pourquoi passer à côté de l'essentiel ?
A notre époque, l'amour est le roi du mariage: ne revenons-nous de très loin ?
Voici à peine une centaine d'années, les invités s'extasiaient devant une coutume extravagante qui cachait bien des drames ...
La fabuleuse "corbeille de mariage" nourrit les songes des croqueuses de diamants, perles et rubis.  Cette légendaire corbeille débordait sous l'Ancien-Régime de rubans, éventails et babioles raffinées récompensant avec grâce les invités de leur présence aimable à des noces aristocratiques.
Une exquise largesse de frivoles souvenirs ! l'esprit le plus traditionnel en est sauvegardé par les gentilles attentions ornant les tables des mariages d'aujourd'hui.
Au début du XIXème siècle, les fiancés délicats déposaient les cadeaux classiques dans les profondeurs de ce panier des merveilles. La bague rituelle, reposait en son écrin de maroquin gravé au chiffre de la douce fiancée qui la découvrait en poussant des cris extasiés.
Puis, ce rite charmant se métamorphosa en devoir absolu. La corbeille prit du poids, en particulier celui de la vanité des deux familles bientôt unies.
Ce fut une avalanche de dons luxueux révélant la situation sociale. Adieu menues attentions du sentiment ! Le second Empire voulait du sérieux !
Au moins, cette folle ostentation eut-t-elle le mérite d'exacerber la vocation des orfèvres, bijoutiers, artistes des plumes, dentellières, et gantiers.
Toutefois, derrière les torrents emperlés,les sarabandes de saphirs, les plumes en éventail, sourires pâles et mains glacées annonçaient le désarroi de fiancées désemparées contraintes d'épouse un barbon, un butor, un homme indifférent.
La corbeille loin d'être une foisonnante malle aux trésors symbolisait la prison à vie...
Au lendemain de la première guerre mondiale, il était de bon ton de faire paraître la liste des cadeaux offerts selon des considérations de fortune, de goût, d'amitié, d'affection au jeune couple.
Ce rite périlleux éveillant malveillance et jalousie au pire, agacement et ironie au mieux, s'est envolé sur la pointe des pieds.
Place à la dictature des listes gorgées de batterie de cuisine, d'argenterie en plaqué, (Christofle fut le sauveur des fêtes de Napoléon III, depuis il perpétue l'élégance à la française et le sens d'une certaine économie domestique), d'objets désirés et ,respirons, souvent de toute valeur.
L'ennui vient du manque de choix personnel des heureux invités au sein de ce charmant bazar préparé avec soin par les fiancés.
Un cadeau, n'est-ce une surprise crée par l'amour et l'amitié ?
Le bonheur figure-t-il lui aussi sur la liste ?
On n'achète ni l'amour, ni l'amitié, vive les présents libres !
L'amour est enfant de bohème, les mariages se plient pourtant à une étiquette drastique; du costume ou de la redingote du marié aux roses précipitées à la figure des époux sur le parvis de l'église,;des félicitations en troupeau balbutiant de sempiternels compliments aux insipides ou moqueurs discours des vieux amis; des épuisants dîners assis engloutis sous les glapissements de la musique, ruinant toute espérance de conversation civilisée, aux gesticulations  hystériques sur la piste de danse; endroit sinistre où, les slows n'existant plus, où les valses sont une rareté préhistorique, compter fleurette semble voué au néant ...
Souvenez-vous encore des tournoiements de serviettes de table scandés de sauvages clameurs qui célèbrent l'entrée des mariés sou la tente surchauffée où patientent d'heureux mortels déjà au bord de la fuite ...
Qui aura la hardiesse de s'affranchir de ces codes ennuyeux ?
Qui aura envie de vous inviter à un mariage paisible et gracieux, sans éclats de voix, sans crise de nerfs, sans dépenses exagérées, sans appel de fonds pour un séjour aux Antipodes, sans rivalité  entre deux familles, sans prison de plastique ou de tissu bariolé vous enfermant comme dans une écurie, sans tenues ridicules, sans talons grotesques, sans ricanements, sans ... rien .
Si ce n'est le beau visage de la foi en l'autre, de la foi en la vie, la tendresse vraie, les noces désirées, l'amour vainqueur !
Regardez à nouveau le carton, on ne sait jamais ...Lisez le moins vite ...
Dites "oui" vous aussi, l'avenir, c'est, à l'instar de l'amour, ce que l'on veut, ce que l'on fait , un poème au sens grec, (et les Grecs étaient des génies parlant une"langue géniale"! ).un mariage est un poème et tout ce que je viens d'écrire ne vaut plus un obole si l'on prononce ce mot-là.

Une idée de cadeau de mariage qui vaut bien mille fourchettes en métal argenté : le livre d'Andrea Marcolongo, "une déclaration d'amour"au Grec,  la plus belle façon de parler le langage de l'amour, de l'affection et de l'amitié avec ceux que vous aimez...

A bientôt,

Lady Alix

Une robe exquise de  Diane Lelys,



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